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Bien qu’hier je vous parlais de « continuer » en tant que mon mot pour cette nouvelle année, il m’arrive de regarder derrière moi vers des étapes de ma vie qui me tiennent particulièrement à cœur…
C’est ainsi qu’en plongeant dans ma boîte à trésors, j’ai retrouvé cet article écrit par ma tante que je nommerai par son nom de plume, Sophia.
Le mot partage ayant une signification primordiale pour moi, donc, je l’applique en ce premier mardi de janvier 2015. Voici ce billet qui date du lundi 29 août 1988. Je dédis les mots de Sophia à ces deux enfants qui ont une place de choix dans mon cœur…

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«  Deux Enfants !

Deux enfants venus de loin, de ces lieux d’où il est difficile de revenir parce qu’il faut lutter pour vivre, que vivre n’est pas toujours facile et que l’on a fait assez de sacrifices pour leur donner une maison et un beau jardin comme on en trouve à l’île Maurice. Pour que cette île leur soit présente, on en parle, le soir à la veillée, et l’on cite les plages et les montagnes, les champs vastes et les bois silencieux.

Deux enfants ! Ils ont cinq et six ans. Sages comme des images. Un petit garçon plein de force et de caractère, une petite fille aux yeux de mer, au goût d’embruns, une petite Julie qui fait la joie de tous par sa finesse, son intime générosité.

Dis grand-père, c’est ça le Pouce dont tu m’avais parlé ? Je le reconnais… Et voici ton rocher, n’est-ce-pas, ce rocher dont tu racontes l’histoire et où tu as trouvé tant de petites bêtes… Et la mer ? La verra-t-on bientôt, s’exclame à son tour Pierre-Albin… Deux enfants à qui le grand-père – un savant ! – apprend l’océan, les coquillages, les fruits et les fleurs.

A l’heure de l’arrivée, ils se présentent presque cérémonieusement à tous mais leurs yeux sont tournés vers les courtes vagues qui s’écrasent en silence. Enfin, on leur permet d’aller sur la plage et Pierre-Albin me porte, au creux de la main, deux minuscules crabes. Il les fait voir à tous… Je dis : tu les auras ce soir à dîner. Mais il secoue la tête – Ils sont si petits ma tante. Tenez, ils vivent encore et je vais les remettre à l’eau.

A Palmar, où ils ont été habiter, chez de bons amis, ils sont un peu les rois du sable… Courent, se jettent à plat-ventre, se roulent, ravis de ne point se blesser. L’île Maurice leur est douce au corps et aux pas.

Chez moi, Julie m’aide à préparer le thé. Elle parle. La mer ici ce n’est pas ce qu’elle a vu en passant, au cours des randonnées d’été, au pays de France, mais l’immensité couleur d’émeraude comme ses yeux , eux-mêmes.

Vous voyez, ma tante, je reviendrai à l’île Maurice. C’est aussi mon pays, n’est-ce-pas ? Je trouve qu’il fait très bon ici. On dit que c’est l’hiver mais nous ne portons point de lainages. Il fait très doux, opine Pierre-Albin du haut de ses cinq ans.

C’est vrai, ai-je dit. Bon de vous connaître, moi qui vous aimais déjà.

Pierre-Albin fouille profondément dans sa poche. Il me tend un coquillage. Vous le voulez, ma tante, c’est un porte-bonheur. Je le prends et lui assure que je lui en rendrai un autre, plus beau. Toutefois, tu devrais garder celui-là, c’est en effet un ‘gorée’ porte-bonheur. Quant à cette grosse coquille, ici, vous y entendrez le bruit des houles.

Le soleil est beau, me dit Julie… Oui la valeur du soleil levant est immense, c’est le commencement mais ce que ne sait pas la petite fille c’est le prix de la beauté qui passe. Cela évidemment ne s’explique pas à des enfants. Il faut saluer pour eux l’éveil, l’éveil des âmes qui se guettent les unes et les autres sans crainte.

Julie aime les petits gâteaux. En veux-tu ? Pierre-Albin ? Mais Pierre-Albin a bien autre chose en tête. Du balcon il regarde passer les autobus rouges et se fait à haute voix des réflexions. De plus, les parents leur ont offert des robes de chambre chinoises. Les deux enfants s’en revêtent et vont s’admirer dans le grand miroir de la chambre à coucher. Julie n’oublie rien : C’est la chambre de ma grand-mère qui est au ciel ? – Non, C’est celle de ma maman à moi ! Elle me regarde de tous ses yeux… un peu incrédule…

Puis l’heure venue sagement s’en vont… Je les regarde partir et mon cœur se serre. Pour eux, il y a d’autres plages à explorer, d’autres coquillages à trouver. Ceci, pour ces deux adorables enfants, ce n’est qu’un commencement… »

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